Ripperjack // E tu vivrai nel terrore - L'aldilà (L'Au-delà) Lucio Fulci (1981)

// 11/05/2015

Par Ripperjack

E tu vivrai nel terrore - L'aldilà (L'Au-delà) (1981) est souvent considéré par de nombreux amateurs comme le chef d’oeuvre de Lucio Fulci.
Ce film d'horreur - très explicite visuellement avec ses nombreuses scènes gore toujours impressionnantes aujourd’hui - illustre de parfaite manière la période la plus connue du grand public de ce réalisateur qui a par ailleurs œuvré dans tous les genres du cinéma populaire.

Appréhendée à l'époque de sa sortie, à l'instar des autres films de Fulci de la même période, comme du cinéma d'horreur « pornographique » (pour citer Christophe Gans), cette œuvre est aujourd'hui traitée avec le même égard que certains classiques, d’abord dénigrés puis réhabilités avec le temps.
Mais il s’agit de cinéma d’exploitation et, en tant que tel, le film reprend, cite, compile un nombre impressionnant de références que nous allons essayer de défricher un tout petit peu ici.

Le thème de l’hôtel maudit : le « Shining » (1980) de Stanley Kubrick évidemment mais aussi le beaucoup moins connu « La Cité des Morts » aka « Horror Hostel » (1960) de John Moxey, auquel l’Italien reprend nombre d’éléments, dont le prologue.

La lecture par Emily du livre d’Eibon (référence littéraire Lovecraftienne explicite) renvoie aussi au début de l’ « Inferno » (1980) de Dario Argento, avec la lecture par Rose du livre des « Trois Mères ».

Autres références à « Inferno » : les domiciles maléfiques des entités et les « Seven doors of Death » du film italien, la présence de l’actrice Véronica Lazar (à la fois la nurse qui s’avère être l’incarnation de « Mater Tenebrarum » dans le film d’Argento et la servante ambigüe qui finira d’atroce façon dans le film de Fulci).

Fulci s’auto-cite via le martyre du peintre maudit Schweik au début du film qui évoque clairement une scène tout aussi sadique de son propre « Non si sevizia un Paperino » aka « La longue nuit de l’exorcisme » de 1972.

Autre auto-citation Fulcienne : la fin de Joe le plombier qui trouve son destin après avoir brisé un mur fait écho au climax de « L’Emmurée vivante » (« Sette notte in nero », 1977).

Les sévices oculaires (Joe et la servante) rappellent évidemment et douloureusement celui subi par la belle Olga Karlatos dans « L’Enfer des Zombies » (1979).

Les globes oculaires blancs des damnés de « l’au-delà » rappellent ceux de « Shock » (1977) de Mario Bava.

La découverte du corps de Joe - et la vision des substances peu ragoûtantes qui s’échappent de sa bouche à ce moment - est parallèle à celle de la scène des tripes littéralement vomies dans « Frayeurs » aka « La paura » (1980) de Fulci.

La séquence des araignées
qui dévorent la langue de leur infortunée victime anticipe celle d « Aenigma » (1987) avec les escargots : même emploi également d’effets sonores exacerbés.

Comme la chambre 237 de « The Shining » (1980) de Kubrick, la chambre 37 de l’hôtel renferme une bien déplaisante surprise pour le visiteur.

La scène de la « résurrection » de Joe le plombier qui émerge de la baignoire fait irrésistiblement penser à celle de Paul Meurisse dans « Les Diaboliques » (1954) de Clouzot.

La scène ou Emily est égorgée par son propre chien qui se retourne contre elle? Voir le « Suspiria » (1977) d’Argento et le même destin connu par l'aveugle.

La porte de l’enfer de « L’au-delà » évoque celle de « La Sentinelle des Maudits » (1977) de Michaël Winner.

La cave de l’« Amityville horror » (1979) de Stuart Rosenberg est clairement un passage vers l’enfer, tout comme celle de l’hôtel maudit de « L’Aldila ».


Etc.: on pourrait encore multiplier les exemples.

Comme on le voit, ce film - plus encore peut-être que bien d’autres fleurons du cinéma d’exploitation - est un véritable catalogue d’influences diverses et variées !
Est-ce à dire que sa valeur s’en trouve finalement diminuée et que ce film n’est que plagiats de toutes sortes ?
Non, bien sûr que non, car - par-dessus tout - Fulci a su lier l’ensemble et lui imposer une patte – SA patte - unique, avec l’aide précieuse de Fabio Frizzi (musique), Sergio Salvati (photographie), Gianetto de Rossi (effets spéciaux). Une véritable « dream team » qui encore aujourd’hui est révérée par tous les amateurs du genre.

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