Ripperjack // La ragazza qui sapeva tropo (La fille qui en savait trop) de Mario Bava (1963)

// 02/12/2014

Par Ripperjack

"La fille qui en savait trop" aka "La ragazza qui sapeva tropo" (1963) de Mario Bava : un classique méconnu …

Le pitch.

Nora Davis, jeune américaine, arrive à Rome en avion dans le but de rendre visite à une amie de sa famille. Durant le vol, elle a fait la connaissance d’un homme qui se fait appréhender à l’aéroport pour trafic de drogue.
Une fois arrivée à destination, sa logeuse décède sous ses yeux alors que son médecin traitant, le docteur Bassi, s’était pourtant montré rassurant à propos de son état. Terrorisée, Nora quitte alors la maison mais se trouve peu après à la fois victime d’une agression et témoin du meurtre d’une inconnue. Elle perd alors conscience. Interrogée par la police et face à cette invraisemblable accumulation de revers en tous genres, une question se pose alors avec acuité : influencée par ses lectures romanesques, la jeune femme aurait-t-elle pu fantasmer une bonne partie de toutes ces aventures ? Pour en avoir le cœur net, elle va donc devoir mener sa propre enquête, secondée par le séduisant docteur Bassi, visiblement très attiré par la belle jeune femme.


La critique.

Paradoxal que ce film soit devenu le fondement du Giallo (« whodunit » sanglant à l’italienne) puisqu’il n’était au départ qu’une simple œuvre de commande : une simple comédie policière financée par Samuel Z. Arkoff.
Mais, une fois dans les mains de Mario Bava, le scénario se trouva modifié et aboutit à ce film. Le maître italien cristallisera le genre par la suite et lui donnera sa forme définitive et tous les réalisateurs du genre s’y référeront plus ou moins explicitement par la suite.


Les codes du genre sont déjà présents ici - crime à l’arme blanche, assassinats perpétrés en suivant des rites bien précis, tenue du criminel et/ou des victimes via la présence récurrente d’un imperméable noir - mais seront transfigurés de déterminante manière via le sublime « Six femmes pour l’assassin » du même Bava en 1964.

En attendant, Bava - tout en faisant clairement référence à Hithcock non seulement par le titre mais aussi par le sens du suspense - transpose ici sa thématique habituelle avec une habileté consommée : "gothisme" de l’ambiance, érotisme permanent en filigrane et fascination morbide s’y entrecroisent dans un ballet troublant.
Dario Argento - en exacerbant à l’extrême tous ces procédés - saura d’ailleurs plus tard en tirer les leçons.


Comme toujours avec les productions de Bava financées par l’ AIP, il existe deux versions du film : celle voulue par les Américains - intitulée « The Evil eye » - inclut des séquences additionnelles de comédie qui portent sur le marivaudage amoureux entre Nora et le Dr Bassi.
L’autre version est enrichie de scènes qui seront seulement utilisées dans la copie italienne. Par exemple, quand Nora - se déshabillant – a la désagréable sensation d’être observée par un portrait (celui de Mario Bava himself : clin d’œil quasi Hitchcockien là encore) qu’elle recouvre finalement d’un foulard afin d’échapper à son embarras.

Les différences entre les deux versions apparaissent aussi au niveau de la musique. Dans la version américaine, la musique de Lex Barter remplace, comme dans « Le masque du démon » par exemple, celle de Roberto Nicolosi.
Et c’est grand dommage, soit dit en passant.


Au niveau du casting, Leticia Roman dégage ce qu’il convient tant au niveau de la sensualité que de l’ingénuité demandées par le rôle. John Saxon - acteur récurrent du cinéma dit « de genre » - est lui garant d’une solide virilité, même si son jeu manque ici pour le moins de nuances.

Un des écueils du film est incontestablement constitué par un humour plutôt potache mais « les frissons de l’angoisse » d’Argento - très redevable à ce film et considéré par beaucoup comme un immortel chef d’œuvre - n’échappera pas non plus à ce piège, il faut bien en convenir.

En conclusion.

Comme souvent chez Bava, la forme - superbe - et le traitement baroque du sujet prévalent ici nettement sur le fond de l’histoire qu’il marque de son empreinte via un onirisme proche du cauchemardesque.
La photographie noir et blanc est magnifique et la réalisation inspirée, notamment au travers des séquences nocturnes qui s’opposent violemment aux séquences diurnes, baignées par le beau soleil romain.

Une œuvre séminale et fondatrice, pas si mal pour un "simple film" de série …

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