Ripperjack // Maniac, le monstre au visage d’ange

// 03/11/2014

Par Ripperjack

Et si, en cette « Halloweenesque » période, nous évoquions un vrai bon film d’horreur récent ? Car c’est là une denrée qui se fait rare à une époque d’uniformisation ou le battage publicitaire (voir la récente affaire « Annabelle » dans les salles françaises) tend plus que jamais à tenir lieu d’intention artistique.

Rendons d’abord à César ce qui est à Jules : tous les amateurs du genre se souviendront que le « Maniac » original - réalisé en 1980 par William Lustig - fut avant tout un des premiers titres de la mythique collection VHS de René Chateau « Les films que vous ne verrez jamais à la télévision ».

Le pitch du film consistait avant tout à se mettre dans la peau d’un serial killer particulièrement violent. Le sujet n’était pas alors archi rabattu comme il l’est désormais et la caméra ne nous épargnait rien des très douloureuses exactions subies par ses victimes.

Le film demeure très « gore » même pour le spectateur blasé d’aujourd’hui. De plus, l’ambiance particulièrement glauque était admirablement renforcée par la formidable partition musicale de Jay Chattaway.

Bref, il y avait tout à craindre d’un remake de ce classique bien poisseux, qui risquait fort, une fois passé à la moulinette d’un lissage centré ados, de donner un produit lyophilisé et sans saveur.

Et pourtant, fort heureusement, il n’en est rien et ce « Maniac » 2012 apparaît comme une grande réussite.

Comme tous les bons remakes, il utilise l’idée de départ pour en faire autre chose, via des choix intelligents, tout en ayant garde de ne pas édulcorer le propos et les aspects fondamentalement dérangeants de l’histoire.

D’abord par le casting


Là où, dans le film de 1980, on se trouvait face à un Joe Spinell - suintant le malsain par tous les pores - Frank Zito, le psychopathe, prend ici les traits d’Elijah Wood. Si le nom ne vous dit rien d’emblée, il suffira d’évoquer « Monsieur Frodon » et …

Car oui : c’est bien le gentil Hobbit qui est l’épicentre de cette sanglante histoire et il est, croyez-le, nettement moins amical ici et très convainquant via le décalage entre son apparence et ses actes. Le grand talent d’acteur de Wood est évidemment aussi en cause : il avait déjà donné dans le serial killer via le premier « Sin city » réalisé par Robert Rodriguez.

Mentionnons également la belle Nora Arnezeder (revue depuis dans le rôle titre du remake – raté – d'« Angélique, Marquise des Anges ») qui reprend ici le personnage campé à l'origine par la sculpturale Caroline Munro.

Ensuite, par le choix de réalisation

Le parti pris est celui de la caméra subjective qui, quasiment durant toute la durée du film, nous place efficacement dans la peau du tueur.
Nous ne découvrons d’ailleurs, dans un premier temps, le visage de Frank Zito qu’au travers d’un miroir. Ce qui nous renvoie forcément à notre position de voyeur, voire d’acteur, des atrocités qui se déroulent à l’écran. Le procédé aurait été particulièrement casse gueule si mal exécuté mais, via une réalisation inspirée et la performance d’Elijah Wood, il fonctionne parfaitement.

Le troisième élément: la musique

Composante essentielle de la réussite de l’original, il en va de même ici via la magnifique bande originale concoctée par Rob!
Citons Khalfoun, réalisateur : "Nous avons eu la chance de travailler avec Rob, un compositeur très doué qui vient du rock électro. J'ai adoré la musique qu'il avait écrite pour BELLE EPINE. Cela m'a fait penser à la musique de Giorgio Moroder pour MIDNIGHT EXPRESS et SCARFACE, et à celle des Goblin pour les films de Dario Argento. Ce genre de musique électronique possède une profondeur qui est presque romantique. Pour MANIAC, je voulais des synthés et des guitares proches des années 80, qui dégagent une mélancolie - presque rétro - mettant l'intrigue en valeur."

De plus, la bande originale apporte un hommage en forme de clin d'œil au Silence des Agneaux. En effet, une des victimes du tueur en série Frank Zito lui fait écouter peu avant d'être sauvagement assassinée, sur disque vinyle, le morceau « Goodbye Horses », de Q Lazzarus. Un single à l'esthétique New Wave de 1988 qui servait de musique de fond au strip-tease hallucinant du tueur Buffalo Bill.

Pour conclure, un film chaudement recommandé qui vous fera frissonner, même par cet automne très clément.



Ripperjack

Liégeois d'origine et papa de deux grandes filles, j'ai 50 ans "bien tapés" et travaille depuis toujours dans le domaine de l'Education.

J'ai été biberonné au Cinéma de Quartier (péplums de Cinecitta et Hammer Horror en dose massive). Si on ajoute à cela l'influence marquante de la collection "Fantastique" de Marabout, on comprendra mieux - même si mes goûts se veulent éclectiques en tous domaines - un amour jamais démenti pour le cinéma de genre. Probablement parce que celui-ci a fait de la transgression par rapport au bon goût imposé et officialisé son fond de commerce.

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