Ripperjack // Purple Rain de Albert Magnoli (1984)

// 30/05/2016

Par Jacques Coupienne

Avec Prince Rogers Nelson, Apollonia Kotero, Morris Day, Jérôme Benton, Wendy Melvoin, Lisa Coleman, Jill Jones, ….


Minneapolis est le lieu de l’action. Le bouillonnement de la scène musicale y est intense, notamment au « First Avenue » le haut lieu de la scène locale, et la rivalité entre les artistes permanente et sans merci. Parmi eux, celui que l’on surnomme « le Kid » va devoir se battre à la fois non seulement pour que sa musique triomphe mais aussi pour l’amour d’Apollonia, magnifique jeune femme qui aimerait elle aussi se faire une place au soleil de la gloire. Prince n’a jamais rien fait comme les autres …


Ainsi, en 1983, il est déjà une grande vedette et ses albums se vendent de mieux en mieux : le dernier en date – « 1999 » un double LP – lui a apporté deux grands succès (« 1999 » et « Little Red Corvette ») et favorisé l’audience attentive d’un public blanc. Il décide alors de porter l’estocade et de devenir lui même le sujet d’un film au travers d’une sorte de biopic musical certes en apparence quelque peu prématuré. Car, encore plus avec le recul, le projet apparaît extraordinairement culotté pour un jeune homme de 26 ans : en effet, les films musicaux s’articulaient d’ordinaire (du moins à cette époque) autour de vedettes largement confirmées voire en fin de parcours, histoire de grappiller quelques deniers supplémentaires autour d’une gloire en déclin.


Plus de trente ans après sa sortie triomphale (71 millions de dollars de recettes, Oscar de la meilleure musique…), « Purple Rain » demeure donc un phénomène unique dans l’histoire de la musique et du culte de la personnalité.

Avec une sincérité teintée d’une bonne dose de mégalomanie, Prince y apparaît en génie torturé sous les traits de The Kid, un jeune dandy de Minneapolis (comme lui) en conflit avec un père violent (comme lui), lâché dans la grande jungle rock tendue de pièges innombrables (les femmes avec lesquelles le film n’est guère tendre ce qui lui fût beaucoup reproché …).

Plus encore qu’Elvis, qui déclinait son personnage de rock star en folie au gré de ses sorties hollywoodiennes, Prince quasiment inventé un genre à sa démesure : l’autobiographie romancée et chantée, la comédie musicale funk rock, un trip égocentrique dont il a contrôlé et interprété – via un réalisateur certes compétent mais surtout entièrement à ses ordres – chaque mesure, des affres du jeune homme en proie au doute jusqu’ au triomphe de la rock star.
C’est aussi une émanation à la fois drôle et flamboyante des années 80. Plus de trente ans après sa sortie, il y a plusieurs façons de voir ou revoir « Purple Rain » : un documentaire sur une époque qui vit naître le vidéo-clip et MTV ; un reportage haut en couleur sur la scène funk rock de Minneapolis et les groupes satellites de la galaxie Prince ; et par-dessus tout un modèle de concert filmé (l’inoubliable version de Purple Rain en happy end entre autres …).

Car, derrière cette mégalomanie qui peut agacer, un élément submerge tout sur son passage : la MUSIQUE ! Prince avait composé un matériau de base d’une centaine de chansons (la suite de sa carrière ne fera que confirmer cette fantastique prolixité …), opérera progressivement une sélection drastique et n’ajoutera qu’en dernière minute deux « petites » choses : « When doves cry » et « Purple Rain » !! L’idée de base : chaque chanson s’articule autour d’un sentiment (rage pour « Darling Nikki », tendresse pour « The Beautiful Ones », etc …)


Plusieurs séquences – les meilleures – seront filmées « live » au First Avenue et restituent fidèlement l’atmosphère d’un spectacle sous haute tension : là aussi, la suite de la carrière du Nain Pourpre ne fera que confirmer ses extraordinaires et inégalées qualités de musicien/performer.

D’abord refusé par Hollywood, le film a été produit par les propres managers de Prince : Cavallo, Ruffalo et Fargnoli. Le résultat en sera un très grand succès aux Etats-Unis, détrônant par la même occasion « Ghostbusters » de la première place du box-office.
En France, le résultat ne sera pas du tout le même au niveau du grand public et le travail avant-gardiste et novateur de l’Artiste passe difficilement dans un premier temps. Mais ce n’est que partie remise par Prince qui ne va pas attendre bien longtemps avant de connaître le succès en Europe.
En 1986, l’album « Parade » (et les concerts et légendaires after shows qui l’accompagnent) mettra définitivement les choses en place et continuera d’écrire la légende de Prince, génie aux multiples facettes.


Conclusion : cet article se veut évidemment – au-delà du film lui-même – un Hommage et une déclaration d’Amour et de Fidélité éternelle à un immense Artiste qui m’aura accompagné une bonne partie de ma vie et qui vient brutalement de nous quitter très prématurément.
L’homme qu’il fût semblait tout à la fois à la fois hypersensible et extrêmement généreux artistiquement parlant : le langage n’était pas son domaine mais la Musique son Univers. Il n’est pas exagéré de tracer un parallèle avec un Mozart, autre génie inadapté de l’existence : les deux hommes n’ont jamais fait que composer et suivre leur vision de leur travail, avec un minimum de compromissions (voir les retentissants conflits de Prince avec sa maison de disques qui ont abouti à ce changement de nom, souvent et injustement raillé).
Pourtant, à l’heure du bilan, l’Artiste – comme on l’appelait aussi – n’a jamais fait que vivre et penser pour son Art : sur le plan personnel, il n’a pas été épargné par la fatalité mais a toujours su se ressourcer et rebondir vers d’autres directions musicales.

Prince, même loin du succès de « Purple Rain », a continué à produire nombre de merveilles (son dernier disque « Hit’n Run 2 » en est une preuve éclatante …) et il est très difficile de se dire, pour celles et ceux qui l’aiment, que cette source de plaisir, qui semblait inépuisable, est désormais définitivement tarie …


Il faut revoir « Purple Rain » car, au-delà des tics de l’époque, le film dit finalement beaucoup sur Prince tout en présentant sa musique à son meilleur : rien que pour cela, il demeurera.
Chapeau, Merci et Au revoir, Mr Nelson …


Jacques COUPIENNE

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