Ripperjack // The Professionnals (Les Professionnels) de Richard Brooks (1966)

// 28/04/2016

Par Jacques Coupienne

Avec Lee Marvin, Burt Lancaster, Woody Strode, Robert Ryan, Claudia Cardinale, Jack Palance, Ralph Bellamy, …

Un riche propriétaire, J.W. Grant, engage quatre « professionnels » afin de retrouver sa femme, Maria, enlevée par le bandit mexicain, Jesus Razza … Mais, derrière les apparences, qui est vraiment prisonnier de qui ?

Revoir ce film – proche d’une certaine perfection suivant mes critères personnels – m’inspire la réflexion suivante. Je lis/entends souvent que d’aucuns déplorent le règne quasi sans partage des super héros sur le cinéma actuel. Mais ce besoin de héros n’est il pas un phénomène récurrent qui touche chaque génération ?

Donc, si les 80’s (pas toujours si glorieuses que cela …) eurent une nette propension à imposer la prédominance des gros bras à petites têtes (chacun reconnaitra ses préférés et ses abhorrés …), les personnages experts en « action » charismatiques et par conséquent propices à l’identification notamment des plus jeunes ont toujours eu droit de cité dans le domaine du 7e art : simplement, ils ont revêtu apparences et « modus operandi » différents …

Tout ceci pour introduire l’idée que la brochette de gaillards ici présente constitue – encore aujourd’hui – un peu mes « Avengers » à moi !

Mais voyez plutôt :

Lee Marvin : laconique, pragmatique mais humain

Woody Strode : mutique, impressionnant de charisme et de force tranquille. L’archer fût aussi, entre autres, le formidable rétiaire du « Spartcacus » de Kubrick et le « Sergent noir » de John Ford.

Burt Lancaster : le magnifique. Un sourire éclatant et carnassier, la souplesse et la force d’un acrobate (il réalisait lui-même la plupart de ses cascades …) ce qui n’excluait en rien intelligence et finesse de jeu : son itinéraire peu commun l’a mené du réjouissant « Corsaire rouge » au « Guépard » Viscontien sans oublier le superbe vieillard de l’ « Atlantic City » de Louis Malle.

Robert Ryan : sec et noueux, l’homme a toujours partagé sa grande carcasse entre personnages tourmentés et crapules irrécupérables mais attachantes. Ici, il campe, avec ses nuances habituelles, un amoureux des chevaux bien plus que de l’espèce humaine …

Last but non least : Jack Palance, presque à contre emploi dans ce rôle de bandit au cœur tendre qui se consume d’amour pour … Claudia Cardinale ! Ce qu’on comprend aisément tant la splendide Italienne est ici au faîte des sa sauvage et sensuelle beauté …

Si on ajoute à cela le fait que tous ces « super héros » ne se contentent pas d’être costauds et compétents mais aussi qu’ils font preuve d’intelligence, de subtilité et d’humanité (sans jamais verser dans la mièvrerie …) tout au long d’une intrigue solidement charpentée scénaristiquement parlant et ce dans des décors naturels magnifiquement mis en valeur par une caméra ultra compétente, on comprendra aisément que, en la circonstance, je puisse mieux dire :

« C’était aussi bien mieux avant … les 80’s !! ». Ceci sans passéisme outrancier ni nostalgie aveugle tant les personnages, l’histoire et les décors s’accordent parfaitement sur tous les aspects … dont l’écriture des dialogues. Je ne résiste d’ailleurs pas au plaisir de vous retranscrire (en VF) l’échange final entre le riche désabusé et fulminant de colère (l’excellent Ralph Bellamy) et le chef des Professionnels (Lee Marvin) » :

Bellamy à Marvin « Enfant de salaud !! »

Marvin à Grant, après un temps d’arrêt : « Eh oui, chez moi, c’est un accident de naissance mais vous, Monsieur, vous vous êtes fait tout seul ! »

Superbe, non ?

Conclusion : oui, ce western réjouissant de bout en bout qui emprunte à la fois au meilleur du classicisme américain tout en appliquant certains principes du meilleur « spaghetti western » est une très grande réussite qui n’a pas pris une ride …

Car il ne se résume pas à un défilé de stars ou à un affrontement d’egos comme pût l’être le très surestimé – à mes yeux – « Sept mercenaires », finalement très mémorable avant tout par sa musique.

Ici, la musique (Maurice Jarre) est également de haut niveau mais c’est Richard Brooks qui est aux commandes : un de ces réalisateurs qui, tout comme Robert Wise ou Richard Fleischer entre autres, était capable d’exceller et de livrer des chefs d’œuvre dans tous les genres abordés. « Elmer Gantry, le charlatan » et « De sang froid » en constituent d’autres preuves.

Bien loin de la théorie des auteurs – au sens onaniste du terme – si chère à certains critiques indécrottablement snobs …

Jacques COUPIENNE

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