Ripperjack // Tueuse en série : Hannibal

// 06/10/2014

Par Ripperjack

Et si pour la sortie en DVD/Blu-ray de sa deuxième saison, nous parlions de "Hannibal", une série télévisée américaine développée par Bryan Fuller, d'après les personnages créés par Thomas Harris et diffusée depuis le 2013?


Remettons un peu les choses en perspective. Ce nom, qui à une époque fleurait bon la nostalgie - via les guerres puniques et leur célèbre chef des Carthaginois - de mes humanités classiques, est désormais et pour toujours devenu avant tout un prénom, celui d’une sorte de Dracula moderne, certes sans origine surnaturelle mais dégageant une aura comparable car faite à la fois d’attirance et de répulsion. Bref, un monstre raffiné à visage humain bien plus adapté à notre époque que les créatures du Bestiaire fantastique traditionnel.

Cette célébrité a vu le jour essentiellement par la grâce d’un film, «Le Silence des Agneaux » de Jonathan Demme, qui de manière surprenante pour une œuvre relevant du cinéma de genre (le thriller horrifique en l’occurrence) récolta en 1991 une moisson d’Oscars et non des moindres : film, réalisateur, actrice, acteur etc.

Indépendamment de ses indéniables qualités, le succès public du film reposait beaucoup sur l’apparition de cet inoubliable « super vilain » (comme on dit chez Marvel) : Hannibal Lecter, à la fois psychothérapeute de génie et cannibale à ses heures perdues. Le personnage trouva à l’époque une magnifique incarnation en la personne d’Anthony Hopkins qui doit d’ailleurs une bonne part de sa notoriété à cette composition.

Il faut toutefois rappeler que l’origine du personnage se trouve dans la littérature via quatre romans écrits par Thomas Harris : « Dragon rouge », « Le Silence des Agneaux », « Hannibal » et « Hannibal: les origines du mal ».

Cinématographiquement parlant, notre Hannibal était déjà apparu en 1986 sous les traits de Brian Cox dans l’excellent « Manhunter » (« Sixième sens » en VF), adaptation de « Dragon rouge » par Michaël Mann. Le retentissement de ce film fut bien moindre que celui de Demme mais il demeure pourtant un pur régal (à découvrir d’urgence si ce n’est déjà fait) notamment par son visuel et sa bande originale à la fois si typiquement eighties et si spécifiques au travail de Michaël Mann (qui par la suite a fait plus que confirmer son talent via « Heat » par exemple).

La suite de la filmographie de notre Hannibal sera moins glorieuse. Rien de bien savoureux à se mettre sous la dent entre un « Hannibal » (2001) très décoratif de Ridley Scott, un remake complètement raté de « Dragon rouge » (2002) de Brett Ratner (avec un Anthony Hopkins plus cabotin que jamais, ce qui n’est pas peu dire) et un « Hannibal Lecter : les origines du mal » (2007) dans lequel Gaspard Ulliel essaie désespérément de nous faire croire à sa dangerosité avec un jeu très grimacier.

Tout cela pour enfin en arriver en 2013 à la création d’une série TV, à la fois preuve de l’importance d’un personnage entré dans l’inconscient collectif et, par son sujet, rançon du succès d’un autre psychopathe télévisuel, Dexter Morgan.

Disons-le d’emblée : « Hannibal » la série est une grande réussite!
D’abord par son esthétique extrêmement chiadée : c’est un délice pour les yeux. Si vous êtes équipés, je vous invite à la visionner en haute définition afin de l’apprécier à sa juste valeur. Entre les cadrages soignés, la composition de certains plans et le souci permanent du détail (ah, les costumes de Lecter et la préparation minutieusement détaillée de ses repas), c’est une grande réussite dans le domaine du macabre et du mortifère.

On peut remarquer aussi les références/hommages à de grands anciens et non des moindres. C’est ainsi que deux scènes au moins font très explicitement référence au « Shining » de Stanley Kubrick, avec la recréation complète de deux décors (les toilettes et la terrifiante chambre 237).

Ensuite par son ambition : si le projet du showrunner peut se développer comme prévu, la série devrait s’étendre sur sept saisons. Il convient évidemment d’être prudent car la survie d’une série dépend avant tout de son audience et il ne s’agit à l’évidence pas d’un sujet susceptible de plaire à tous, surtout stylistiquement parlant. Toutefois, une 3e saison est d’ores et déjà en production et, même si la série ne bénéficie pas d’une audience massive, son excellent accueil critique en a fait une production de prestige pour le réseau NBC.

Enfin par son casting et son scénario à tiroirs multiples. Le félin Mads Mikkelsen (vous voyez, « Le Chiffre » dans « Casino Royale » pour citer un film grand public ), avec son physique atypique et un jeu sobre et minimaliste, recrée entièrement le personnage de Lecter. Il parvient même à rendre obsolète le cabotinage outrancier d’Anthony Hopkins qui en était arrivé à rendre clownesque un personnage à la base résolument inquiétant.
Avec Mikkelsen, pas de grimaces ni de clins d’yeux. Nous nous retrouvons face à un vrai monstre humain qui véhicule, via sa beauté d’ange déchu, toute la séduction du Mal le plus pur.

On relèvera aussi au casting la présence de Laurence Fishburne (devenu familier de ce type de personnage de super flic) et surtout de Gillian Anderson (oui, LA Scully de « X Files » !), dont le personnage prend progressivement de l’importance au fil des épisodes.

Quant à l’histoire, il ne s’agit pas, loin s’en faut, d’un remake plan plan d’une saga bien connue. Tout se passe au contraire comme si les éléments familiers à ceux qui ont vu les films et aux lecteurs des romans se trouvaient réagencés de fond en comble afin de déstabiliser le spectateur de la série et de ne pas répondre à ses attentes. Le final (qu’il ne faut pas dévoiler) de la saison 2 est tout à fait révélateur à cet égard. Nous croyons savoir ou voir venir ce qui va se passer mais il n’en est rien.

A propos de la musique? Si Hannibal apprécie par-dessus tout l'Aria de Jean Sébastien Bach, la musique du générique, signée Brian Reitzell, est composée sur base de cordes dissonantes et de distorsions. De petites percussions se font également entendre, d’abord discrètes puis plus présentes. Ces instruments proviennent apparemment de la culture moyenne-orientale et évoquent irrésistiblement le son que produirait en tombant l’impact de petites gouttes d’eau. Ou de sang?

Le même Brian Reitzell est par ailleurs responsable de toute l'ambiance sonore très « enveloppante » de la série. Osons qualifier cette musique de "non-diégétique" (qui n'appartient pas spécifiquement à la scène).

Vous l’aurez compris, je recommande chaudement « Hannibal, la série ».
Le show, avec sa violence graphique très prononcée mais très esthétique et son ambiance flirtant souvent avec l’onirisme, ne plaira certes pas à tout le monde. Et tant mieux car c’est aussi finalement ce qui en fait toute la saveur à l’arrière-goût délicieusement âcre.


Ripperjack

Liégeois d'origine et papa de deux grandes filles, j'ai 50 ans "bien tapés" et travaille depuis toujours dans le domaine de l'Education.

J'ai été biberonné au Cinéma de Quartier (péplums de Cinecitta et Hammer Horror en dose massive). Si on ajoute à cela l'influence marquante de la collection "Fantastique" de Marabout, on comprendra mieux - même si mes goûts se veulent éclectiques en tous domaines - un amour jamais démenti pour le cinéma de genre.
Probablement parce que celui-ci a fait de la transgression par rapport au bon goût imposé et officialisé son fond de commerce.

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