Superorganism : do believe the hype !

// 15/03/2018

Par Gilles Syenave

Le buzz est une arme à double tranchant. Quand il est bien orchestré, il peut vous faire passer du statut de parfait inconnu à celui de star planétaire en quelques instants. Mais s’il ne repose sur rien de concret, il vous renverra vite aux oubliettes. Allez demander à Star Wars Kid, à Afro Ninja et à Chris « Leave Britney alone » Crocker ce qu'ils pensent du quart d'heure de célébrité auquel ils ont eu droit. On doute qu’ils en aient conservé un bon souvenir.


En musique, le buzz est souvent utilisé par les maisons de disque pour vous faire saliver avant la parution d'un album. Mais là aussi, si la déception est finalement au rendez-vous, la sanction n'en sera que plus immédiate. C'est donc avec un peu de perplexité qu'on a vu débarquer Superorganism, le plus gros buzz musical de ce début d'année.


Il faut dire que le groupe a le parfait pedigree de la formation qui fait pshhht. Une poignée de bons singles distillés au compte-goutte depuis quelques mois, mais surtout une putain d'histoire à raconter. Celle d'un groupe formé par des gamins venus des quatre coins de la planète qui se sont rencontrés en Nouvelle-Zélande et ont recruté une chanteuse japonaise via un forum sur Internet. Oui, oui, vous avez bien lu. Aujourd’hui réunis dans un studio bricolé à l’Est de Londres, ils s’envoient leurs ébauches de chansons de chambre en chambre par e-mail, chacun apportant son petit grain de sel à l’ensemble. Le genre de bio insolite dont raffolent un peu trop les médias pour être honnête.


Dans ce genre de dossier, il n'y a qu'une seule façon de se faire une opinion valable : écouter l'album en entier. Et cela tombe plutôt bien, puisqu'il est enfin sorti. Sobrement baptisé « Superorganism », le disque s'ouvre avec « It’s All Good », un premier single dégainé l’an dernier. Viennent ensuite « Everybody Wants To Be Famous », « Nobody Cares » et « Reflections On The Screen », trois autres morceaux déjà publiés eux aussi. Les premières nouveautés arrivent enfin avec « SPRORGNSM », « Nai's March » et « The Prawn Song », entrecoupés par le fantastique « Something For Your M.I.N.D. » que le groupe avait déjà dévoilé auparavant. C’est là que la magie opère. Non contents d’avoir déjà sorti cinq morceaux qui sont autant de tubes, les huit lascars nous prouvent aussi que le reste de leur album est du même acabit. Fort.


Fourmillant d’idées et de trouvailles sonores, les morceaux de Superorganism peuvent compter sur la voix de leur leadeuse de poche pour assurer une cohésion à l’ensemble. Les lignes de chant laconiques d’Orono Noguchi agissent comme une sorte de superglue pour tous ces éléments disparates, elles sont le petit ingrédient spécial qui permet à la mayonnaise de prendre. On pense souvent à Beck, à Gorillaz ou à Mark Ronson, les derniers à avoir dépoussiéré la pop en créant des morceaux à la fois novateurs et tubesques. La demoiselle cite quant à elle Pavement et Weezer comme ses plus grandes influences. Du beau monde parmi lesquels ces nouveaux-venus ne font pas tache.
Sur scène, la bande se distingue également, en proposant un joyeux bordel qui donnerait des fourmis dans les jambes à un paraplégique dépressif. Même s’il est difficile de prédire si le groupe arrivera à s’inscrire dans la durée, on aurait tort de bouder son plaisir en ne profitant pas du vent frais qu’il nous apporte. Une hirondelle ne fait pas le printemps. Superorganism, si.




Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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