The Pirouettes, la fraîcheur malgré tout

// 14/11/2014

Par lalalala

Avec Yelle, c'était facile. Quand elle est apparue vers 2005-2007, avec son débit emprunté à Lio, ses moues copiées sur Elli Medeiros, ses textes remplis d'"amours solitaires" et de "bandanas", et enfin ses arrangements si typiques de la french pop des années 80, personne ne pouvait s'y tromper : une espèce d'agressivité criarde éloignait irrémédiablement la jeune femme de l'âge d'or qu'elle semblait vouloir singer. C'était aussi douloureux que Véronique Genest cherchant à imiter Delphine Seyrig. Aussi vain surtout : pourquoi convoquer « La Notte, la notte » , « Si belle et inutile » et « Les Nuits de la pleine lune », alors que l'on est une jeune fille si moderne, si parfaitement de son temps, qui a été élevée au hip-hop et à la techno et qui ne craint pas de parler de "bites", de "mecs montés comme des taureaux", de "ass" qu'il faut bouger sur le "floor" ?

D'autres ensuite sont venus creuser le même sillon, jusqu'à constituer une sorte de revival french pop qui semble avoir remplacé (du moins dans le coeur des journalistes et des "faiseurs de tendances") ce que l'on a appelé la "nouvelle scène française"... La roue ne s'arrête jamais de tourner, et on ne regrettera pas les Cali et Delerm, mais pourquoi plus elle avance, cette roue, plus 2014 ressemble à 1984 ? Certains sont certes plus fins et plus exacts que Yelle, comme par exemple Lafayette – mais pour une jolie chanson comme « Eros automatique », combien d'exercices de styles inutiles (la reprise du « Naufrage en hiver » de Mikado) ou franchement insupportables (« Confetti », interprété par Julia Jean-Baptiste) ?



Sortir la nuit, danser, boule disco et menthe à l'eau... Ce ne sont plus des paroles, c'est une panoplie, celle de la pseudo insouciance des années 80. Et ce ne sont plus des arrangements synthétiques, c'est une suite de gimmicks.

The Pirouettes, un duo parisien qui a sorti son premier EP en 2012, puise à la même fontaine, qui n'est certes pas de jouvence. En quelques chansons et clips seulement, on croise entre autres Grandmaster Flash, les Rita Mitsouko, Ian Curtis, Robocop, Joe Dassin, France Gall et Michel Berger, ainsi que des jeunes gens qui dansent dans des boîtes de nuit... filmés par une caméra super 8. Ou plus exactement par une caméra numérique avec un filtre numérique imitant le grain, les teintes et les défauts de la pellicule argentique super 8. C'est le règne de la référence, de l'emprunt, du toc et de la dérision. "Tu dis qu'il faut avoir un peu de second degré pour apprécier" (« Danser dans les boîtes de nuit »). Or ce qui rendait la musique des Jacno, Lio et autres Mikado si belle et leurs chansons si touchantes, c'est précisément leur premier degré, leur ignorance de la dérision et leur refus du cynisme – en un mot leur candeur absolue. Dans la mélancolie, le désespoir, l'amour, la joie ou la fête : de la candeur avant toute chose, sans surplomb et sans faire le malin.

Et justement... ce qui frappe chez les Pirouettes, au-delà des références et du pastiche, c'est une espèce de fraîcheur candide qui les sauve de la glue du revival et leur permet paradoxalement d'être les seuls à pouvoir rejoindre l'esprit de cet âge d'or. C'est d'abord la frontalité des paroles, qui se présentent comme de courts récits reflétant avec une franchise, pour ne pas dire une naïveté assumée, les réflexions, les sentiments et les mots de jeunes gens d'aujourd'hui : regarder des "séries à la con", être sur le point de "péchô (?) en soirée", jouer de la "zique" (?) pour "faire kiffer les gens" ou se rendre compte de "l'importance des autres dans la construction de [son] identité"... Mais aussi la nuit, les étoiles, les fleurs, les vacances, le chagrin et l'amour bien sûr, ou plutôt l'état amoureux, dans ses variations joyeuses, légères ou mélancoliques.

C'est ensuite une attitude sans attitude, qui s'offre là encore frontalement, innocemment, de plain-pied. Un Bontempi ou un ukulélé, une péniche ou un appartement parisien, une soirée Colette ou un bar minable, aucune importance : le Do It Yourself lo-fi des Pirouettes n'est pas une pose ni une revendication, mais une évidence amicale. Il dit : "N'importe où, n'importe comment, dans n'importe quelles conditions, avec leurs et nos limites, les chansons valent ce qu'elles valent, mais elles sont là et elles existent."

C'est enfin un je ne sais quoi d'impalpable, difficile à décrire, mais que la caméra capte pourtant immanquablement. L'amour ? L'adolescence ? L'innocence ? La gentillesse ? La pudeur ? Quoi que ce soit, c'est assez rare dans la chanson et pour ainsi dire inexistant dans la petite niche étouffante de la néo french pop contemporaine. Il faudrait d'ailleurs retourner loin dans le passé pour trouver une chanson, un air, un groupe, un couple pop qui ait cette chose si particulière et si précieuse à offrir. 1980 ? 1984 ? 1986 ?

Lalalala

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