Vinyle mon amour

// 21/03/2015

Par Maxence de Double Françoise

Les beaux jours reviennent sur la pointe des pieds et déjà certains se réjouissent du retour des vide-greniers. Pour les collectionneurs, petits ou grands, ce sont peut-être des occasions pour dénicher quelques sympathiques galettes, reliques d'une industrie phonographique jadis florissante.

On peut aussi acheter du neuf. D'ailleurs, le "disquaire day" c'est bientôt (18 avril).

Même s'il reste positionné sur un marché de niche, le disque vinyle est à la mode et ces dernières années, les ventes ont beaucoup progressé. Mais pourquoi achète-t-on des vinyles aujourd'hui ? Les raisons sont-elles audiophiles ? On invoque souvent une meilleure qualité de son face au numérique. Le CD, cet autre support "obsolète", a-t-il encore son mot à dire ?

En fait, je pourrais vous faire tout un topo démontrant que si on se place uniquement sur le plan de la qualité de reproduction du son, le CD (et à plus forte raison les nouveaux formats numériques haute définition) est globalement supérieur. Mais je ne le ferai pas, chers lecteurs, pour ne pas risquer que vos têtes ne se blessent en tombant sur vos claviers, assommées par cette masse de connaissances encyclopédiques et pas très fun émanant de mon imposant cerveau. Et pourtant, ça n'est pas l'envie qui m'en manque, non pas par sadisme ni pas frime, mais parce que je suis malheureusement du genre à fréquenter certains forums technico-musicaux où le chipotage (et bien souvent, le pipotage) est un sport de haut vol, comme par exemple le forum de Steve Hoffman, cet ingénieur du son américain spécialisé dans le mastering des rééditions audiophiles de classiques du rock. Dans un monde parallèle, cet homme est presqu'aussi culte qu'un Phil Spector, et les membres de son forum peuvent parfois posséder 7 éditions d'un même album, postant les résultats de leurs mesures avec un logiciel spécialisé pour en comparer la qualité.


Nan, sérieusement. Si on aime le vinyle, c'est avant tout pour des raisons hautement subjectives zé affectives. La "chaleur" du son fait partie de ces raisons (attention : ne pas faire bouillir le son !). Pour l'essentiel, ce sont plus ses défauts que ses avantages techniques de reproduction sonore qui font la "chaleur" du vinyle comparé au CD, plus "clinique". La lecture d'une galette est très dépendante d'une mécanique relativement primitive. A chaque nouveau passage d'un même disque on entend un résultat un peu différent : ça bouge, ça tremble, ça craque... It's alive ! Accessoirement, les craquements d'un LP bien usé peuvent avantageusement remplacer un feu de cheminée les soirs d'hiver.


L'écoute d'un 33 tours, c'est tout un rituel : on sort le disque de sa pochette en carton, puis de sa pochette intérieure en papier, on le nettoie délicatement avec un petit chiffon. Toujours de manière délicate, on le pose, on démarre la platine et on positionne le bras de celle-ci, puis on le baisse à l'aide de la petite manette et là, commencent 2-3 secondes d'un suspense insoutenable mais tellement bon. Pendant ce laps de temps qui en paraît le double de la réalité, on va entendre les premiers crachotements, signe de vie de notre disque, et bientôt les premières notes de musique, ou alors, horreur (!), un gros "schriiitch!" émis par le bras de la platine venu lamentablement s'échouer à l'extérieur du disque. Mais ne pensons pas à ce scénario catastrophe, imaginons plutôt que le bras et son précieux diamant ont atterri à bonne destination : la magie peut alors commencer. Ensuite, il sera rarement question de sacrilège, on ira jusqu'au bout de la première face du disque, le zapping étant ici une opération risquée, périlleuse, et par laquelle on ne sera que peu tenté. Mais comme notre vinyle est tout de même sympa, il nous laissera le choix de continuer ou non à la fin de sa première face.

Pendant l'écoute d'un LP, la grande pochette cartonnée nous aidera à fixer notre esprit et à nous immerger dans l'univers parallèle généré par les sillons de notre disque. On pourra de temps à autres se laisser hypnotiser par son mouvement circulaire sur la platine. La plupart du temps, l'objet est noir, sa seule coquetterie éventuelle réside dans son étiquette, mais il y a une catégorie spéciale de vinyle : le vinyle de couleur ! Jaune, rouge, bleu, vert, ou bien marbré tel un t-shirt "tie and dye", c'est toujours un objet collector, recherché avant tout pour ses qualités esthétiques, car malheureusement, question audio, il s'abime beaucoup plus vite qu'un vinyle noir, question de chimie.


Pour ceux qui n'étaient pas déjà convaincus, je crois que vous êtes à présent spirituellement prêts pour cette expérience ultime que nous invite à faire le vinyle.


P.S. : Pour les plus masos d'entre-vous, je tiens à disposition la version technico-chiante de cet article.


Maxence (Double Françoise)
Musicien et manipulateur de sons, il est brun avec une raie sur le côté. Grand amateur de technologies obsolètes (dans le désorde : le super 8, les bandes magnétiques, les ordinateurs 8 bits, l'inspecteur Derrick, les OVNIs, la musique Pop, et probablement pire encore...), Maxence est aussi la moitié du duo Double Françoise.

RETOUR

ARCHIVES

Avec le soutien de
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles service des musiques non classiques
Top