Dimanche, je vous haime

// 10/05/2015

Par Catherine Colard

Truc de bobos, voire d’éternels hipsters, au même titre que le #pornfood, le fixie ou la sandalette vegan mais « trop stylée », le dimanche a la cote. C’est là qu’est LE chic moderne.

Point de trêve dominicale et encore moins de grasse mat’ ici. Aussi snob que rebelle, j’ai décrété qu’aller picoler en ville le samedi soir est décidément un plaisir de beaufs. So 2010, quoi. Surtout au printemps quand il n’y a plus The Voice à la télé et que les guincheurs à la petite semaine sont de sortie. Depuis longtemps, pour rien de rien au monde je ne pourrirais MON jour du seigneur à comater en t-shirt mou devant Vivement Dimanche, me goinfrant d’ibuprofène et de chips au bacon. Ca existe encore, les chips au bacon?

Levée fraîche et dispose aux aurores, je m’en vais dans ma blanche robe vintage rejoindre le convoi matinal de mes amis bobos urbains. Et tout ce qui va avec.

Quelques heures plus tard, c’est chargés comme toute la Pologne, en vrac, de légumes moches en vrac eux aussi, d’un siège de jardin sixties en plastique fendillé qui colle aux fesses et de quelques vinyles rayés mais délicieusement kitsch, le tout marchandé dans un vide garage chez de vraies gens, que mes amis et moi-même nous ruons en rang serré vers le dernier brunch à la mode de chez nous.

C’est qu’il faut reprendre des forces avant de passer, en soirée, boire du vin blanc gratuit qui t’arrache l’œsophage à l’expo d’un pote tellement doué mais où, surtout, il faudra être vus, géolocalisés et instagrammés au bras d’un people local, sous peine de mort sociale rédhibitoire. Mes amis et moi raffolons du local, du terroir, toussa.

Pour le brunch, donc, sur le coup de 15 heures 37, direction le nouveau temple gourmand élu « place to be » du mois par les blogueuses lifestyle et autres perfides brindilles qui, ELLES, ne prennent du gras que sous le chapeau.
Foodtruck veggie d'inspiration scandinave tenu par des frères mexicains flexitariens ou concept-store qui décoiffe parce que tu peux y manger une bonne vieille tête de veau grand-mère en te faisant couper les cheveux à sec par un grand barbu suant, sache que ton brunch t’y coûtera un rein et demi.

Mais au diable l’avarice, puisque tout, je dis bien tout, y est sain!
Et puis notre luxe à nous, c’est surtout de claquer des sous et la bise au patron tatoué, ex-danseur classique reconverti en DJ-oenologue bio. De savourer entre initiés autour d’une jolie table en formica, qui un croque-monsieur revisité paléo, qui une omelette aux vers de farine sur lit de kale grillé. Et bien entendu de faire savoir ces savoir-faire aux friends de nos friends.

Je mets d’ailleurs à profit cette délicieuse pause bistronomique pour dégainer d’un air dégagé mon smartphone, vintage lui aussi, et immortaliser mon smoothie vivant tout en rédigeant le présent édito pendant qu’un des mômes vomit son quinoa aux ténébrions sur le MacBook Air de son grand frère. Santé dites!

Bientôt, déjà nostalgique, je m’en irai au coin d’un zinc vintage (re)découvrir avec mes amis de plus en plus vintage quelques breuvages vintage servis en vieux bocaux et à la paille.

Vaincue, rompue, repue et corrompue, je rejoins alors mes pénates sous un coucher de soleil à la David Hamilton #withfilterandvaseline
Je me réchauffe une pizza surgelée #singlefood
C’est déjà lundi #vdm
#jehaislesdimanches

(Photo courtesy: K. Pham)

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