Hamlet as a 21st Century Boy

// 26/03/2019

Par Catherine Colard

Nous cherchons des raisons d’être. Ou de ne pas être, dans un monde d’illusions gangrené par la violence, la barbarie et le tragique. Dans ce grand théâtre du paraître où chacun cherche sa voix, entre vulnérabilité et force intérieure. Mars 2019, un Hamlet en ébullition, incarné par Thomas Mustin/Mustii, vient nous rappeler nos aspirations à la pureté. Put your Hamlet on !

Sur la scène à l’Atelier Théâtre Jean Vilard de Louvain-la-Neuve, puis en tournée, Thomas Mustin nous convoque dans l’univers d’un Hamlet as a 21st Century Boy très rock 'n' roll suicide. Troublant autant qu’incandescent. Attach(i)ant, comme un gamin blessé parlant de la mort en mangeant sa banane alors même qu’il voit ses ailes coupées au moment de l’envol. A en oublier que ça glisse, une peau de banane. Hamlet devient-il dingue à force de mettre la folie en scène et en abyme?

Familier des classiques du théâtre, le metteur en scène, comédien et compositeur Manu Dekoninck aime les personnages énigmatiques et en rupture. Jeunes. Après « Peter Pan », « Frankenstein » et « L’Ecume des Jours », Dekoninck adapte et met en scène Hamlet, le plus énigmatique et le plus fragile des personnages du répertoire théâtral occidental. A pièce iconique, interprète iconique, en la personne de Thomas Mustin, évidemment aussi connu comme chanteur électro-pop sous le nom de Mustii.

Photo © Véronique Vercheval

Si ce pré-punk de William Shakespeare a composé son prince de Danemark il y a des lustres (on situe la première représentation de la pièce entre 1598 et 1601), c’est un Hamlet presque familier qu’endosse Thomas Mustin. Fulgurant, sensuel, souvent proche de la pantomime et bourré d’humour sombre, Thomas a l’âge de son personnage et lui offre ses traits, ses grimaces et sa fougue juvéniles. On est loin des « vieux » Hamlet incarnés par Laurence Olivier, Sarah Bernhardt ou même l’excellent Denis Podalydès, qui pourrait être son père. Mustin a précisément été choisi pour ce rôle par Manu Dekoninck alors-même que Mustii bossait sur son premier album « 21st Century Boy ». Coïncidence? Si c’est le cas, elle est belle: « Ce sont les mêmes thèmes qui sont abordés dans Hamlet. L’album était déjà en cours quand Emmanuel m'a demandé de jouer, mais c'est une belle coïncidence ».

Autour, avec, (tout) contre Thomas Mustin, Dekoninck a réuni un casting de dingues qui n’hésite jamais à donner de sa personne, à chanter (convoquant notamment Bowie et Barbara), à jouer de son instrument en live (j’ai parfois pensé à Blue Velvet de Lynch) ou à triturer son corps dans des pas de danse jamais anecdotiques. Mention spéciale à Taïla Onraedt en Ophélie moins éthérée que sidérée, qui envahit la scène de ses chants et de ses dessins. Je l’avais déjà adorée dans la comédie musicale Cabaret, tu t’en souviens?

Un Hamlet rock et tellement dans l’air du temps... Shakespeare devrait se retourner de plaisir dans sa tombe.

Comment prendre sa place et la parole dans un monde sens dessus dessous? Comment se prémunir de la connerie sans perdre son innocence au seuil de l’âge adulte (et bien après) ? Sortez ! Dans la rue, dans les salles de concerts, dans les librairies, en terrasses... Et au théâtre !

Hamlet est à (re)voir au Théâtre Jean Vilar jusqu’au 27 mars, au Wolubilis les 28 et 29 mars, au Centre Culturel de Nivelles les 1er et 2 avril et à la Maison de la Culture Famenne-Ardenne les 4 et 5 avril.

Mustii sera quant à lui omniprésent en festivals cet été (Francofolies de Spa, Ronquières, BSF, Solidarités).

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