J'accuse

// 25/09/2018

Par Catherine Colard

J’accuse un certain retard.
A l’aurore de l’automne, j’accuse surtout le coup de blues de la nana qui passe du bonheur des dames à l’assommoir. L’écueil de la ringardise me guette. Sachant que « ringard » signifie à la fois « démodé, médiocre et de mauvais goût », mon horizon automnal n’est pas des plus réjouissant. Je m’en vais zoner dans les bars...


Loin de moi la rocambolesque prétention de me prendre pour Zola. C’est pas demain la veille que mon petit « J’accuse » fera la Une des journaux, 120 ans après celui de Mimile. Ou alors ici, dans les gouailleuses et numériques entrailles rectangulaires.

« J’accuse un certain retard », disais-je. Je suis ringarde et je le reste. Et puisque la meilleure défense est parfois l’attaque, j’accuse un jet-lag poisseux sur les « bars à tout ». Et à n’importe quoi. Misère quoi, c’est la curée.

Pour la ringarde assumée qui vous parle, un bar c'est un bar pour boire. Point. Au coin du zinc, comme dans les westerns. Avec des chips. Appelons un chat un chat. Et un bar un bar. Drapée dans une branchitude baroque toute feinte pour des raisons professionnelles, je pointe du doigt manucuré l’inauguration dans ma ville du premier bar à chats.

La débâcle avait commencé avec les bars à ongles. Où, non, on ne te sert pas des raclures d’ongles au piment d’Espelette dans un petit ravier moche en amuse gueule avec ta bière locale à 12 euros. Ma joie de vivre s’est vite émoussée et j’ai sorti mes griffes. Ca a fait un crrrisss dégueulasse et sanglant sur le susdit bar en palettes de bois pas poncé.

Ont suivi le bar à sourire qui fait rire jaune (non, pas le café punk-rock liégeois hanté par un certain Sourire et ses amis Scalpers début des 90’s). Les 666 bars à burgers sans air, bars à sushis sans sushis, bars à bonbons pas bons pour tes dents et ta dignité. Puis tout le tremblement de bars à barbe, à sieste (là je ne dis pas non s’il n’y a pas de poils de chats), à méditation, à rechargement d’iPhones recyclés, à bashing de ton ex, à réussite professionnelle, à strip-belote et autres bars à... LA BARBE quoi!

Après quelques absinthes avec ce bon vieil Emile Z. dans un bar-tabac à l’ancienne, je me mis à rêver à mon propre lieu de débauche. Telle la Gervaise, j’aime faire plaisir, quitte à lancer un crowdfunding complaisant. Bar à sourcils pour chats? Bar à sushis de chat? Bar à pattes de chats? Barbe-cute? Barbar à papa? Barbe à riz? Bar biturique?

La fée verte me rappelant soudain qu’il est hasardeux de pénétrer dans un bar à thym avec quelque glauque baronnet sans saveur en campagne électorectale, j’ouvre le « Bar à qui* »

N’accusons jamais un retard. Le mot n’y est pour rien.

* de baraki (Homo vulgaris barakus) Belgique du sud. Insulte. Personne de basse classe.

Illustration Benjamin Schoos/Miam Monster Miam

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