Jeu de lois

// 15/11/2016

Par Catherine Colard

Je ne suis pas trop une fille de principes, moins encore une femme de lois. Mais il est des jours où celle de la vexation universelle semble avoir été brodée point par point rien que pour m'occasionner des démangeaisons cutanées. Avec patience et minutie, telle une montre suisse. Froide et implacable. Depuis une semaine, toutes les lois, les principes et paradoxes à la con se sont ligués contre moi et ont transformé mon existence en mauvais film d’horreur. Même si des chercheurs de l’Université de Westminster ont prouvé que regarder un film bien gore me permettrait d’éliminer trois quarts des calories perfidement cachées dans le Twix ingurgité durant le visionnage de ce même film, je me serais bien passée du régime peaux de bananes qui a fait déraper ma joie de vivre dans la gadoue.

Rires enregistrés de sitcom.

Selon la loi de Murphy, quand quelque chose tourne mal, tout tourne mal en même temps, avec une probabilité proportionnelle à la gravité des conséquences. Si un truc peut se passer mal, ça se passera forcément très, très mal. Pire, selon le principe d’incertitude d’Heisenberg-Mikusek revu par Paccaut, on ne peut savoir à la fois exactement quand ça va foirer, où ça va foirer et pourquoi ça va foirer. Si par hasard on connaît l’une des trois données du problème, c’est sans doute que celle-ci est erronée. Shit!

Dès lors, à quoi bon lutter contre ce fascinant chaos? N’est-il pas vain de flipper en apprenant qu’Ardisson sort un bouquin sur les dauphins? Pourquoi pleurer Leonard Cohen et Raoul Coutard, puisque novembre a déjà convoqué tous ses lugubres effets spéciaux so 2016? Pourquoi diantre se désoler d’avoir loupé pour cause de purée de pois OGM la super lune annoncée par la Nasa comme « l’une des apparitions les plus impressionnantes du XXIème siècle »? Tu la SUPER VOIS ma SUPER LUNE? Sans parler de la nouvelle mode sur les réseaux sociaux (tape « nutscaping » dans Google avant de mourir idiot) et mon rouge à lèvres tout neuf lamentablement échoué écrabouillé au fond de mon sac.

J’allais me laisser hypnotiser par mon coach bien-être, la résilience, toussa. Retrouver mon Enfant Intérieur pour rebondir et renaître à la vie. Quand, mercredi matin, je fus rattrapée dès le réveil par le « oui » à Donald et le principe de Peter, cette théorie empirique tentant de démontrer qu'en hiérarchie d’entreprise, tout poste finit toujours par être occupé par un type incompétent. En gros. C’est dingue. Et si les entreprises affectaient sciemment les superincompétents là où ils feraient le moins de dégâts? Aux postes de direction? L'ombre de mon proverbial professeur de latin (RIP Monsieur Andrianne) surgit tout à coup sur mon épaule et me susurre à l'oreille ce tout aussi vieux proverbe latin « promoveatur ut amoveatur » (qu'il soit promu pour qu'on s'en débarrasse). En est-il de même pour ces élections? Vous me suivez? Et est-ce une bonne nouvelle?

Rire jaune.

Le paradoxe de la grenouille, lui, dit que si tu plonges cette dernière dans une casserole d’eau bouillante, la bestiole, pas bête, sautera par-dessus bord fissa. Par contre, si tu la mets (vivante évidemment) dans une casserole d’eau froide que tu chauffes petit à petit, la grenouille décèdera, cuite mais bien relax. Car tout va à peu près bien. Et qu'à force de petits feux, on s’habitue.

Etant admis que quand un édito est terminé, toute tentative de l’améliorer le dégradera (quatrième loi de Finagle, mieux connue dans les termes de "le mieux est l'ennemi du bien"), je vous quitte sur ce constat batracien de saison qui, perso, m’a convaincue de jeter à bas bien des certitudes. Et de ne plus m’habituer. Et même de me venger.
Cette année, Saint Nicolas apportera un puzzle 2000 pièces de Jackson Pollock au petit pisseux de ma cousine. Na.

Rire gras.

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