Maximum Belgium



La belgian touche de Radio Rectangle : une compilation de nos articles rectangulaires certifiés noir-jaune-rouge.

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Les Belges du futur

// 24/04/2019
Par Kevin Dochain

Au rayon indé/alternatif, qui sont les Belges qui ont fait et qui feront 2019 ? En plein milieu de cette Semaine belge de Radio Rectangle, tentative de revue des troupes et impressions sur les tendances. À noter que tous les groupes cités ici ont sorti ou sortiront un album dans le courant de l'année, et seront à voir un peu partout sur les scènes du Royaume.

Flashback sur septembre dernier. On est à l'Os à Moelle, le plus ancien cabaret de Bruxelles, pour l'une des cinq dates de la phase éliminatoire du Concours Circuit. Ce soir, les choses tardent à se mettre en route, la faute à des voisins un chouïa récalcitrants. Les groupes du jour sont majoritairement bruxellois, le niveau est plutôt bon, et c'est aux seuls Namurois à l'affiche que revient la tâche de clôturer la soirée. Avec les retards cumulés, il est facilement passé 2 heures du mat' quand ils montent enfin sur scène et pourtant, l'heure tardive est loin d'avoir fait fuir l'audience. Eux qui ne jouent pas à domicile et qui donnent ici leur troisième concert seulement (!) s'en sortent haut la main, fédérant le plus grand contingent de fans et faisant l'unanimité dans le jury: on a l'impression qu'une page d'histoire est en train de s'écrire pour ces cinq-là qui mêlent électro et hip-hop avec une aisance confondante. Ceux-là, c'est Glauque. Qui finiront par monter sur la deuxième marche du podium en fin de parcours, décrochant au passage la plupart des prix annexes, et gagneront quelques mois plus tard la finale du concours Du F. dans le texte. Résultat: ils seront incontournables dans les mois à venir, ces deux tremplins leur ayant ouvert les portes d'à peu près tous les festivals de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Glauque

Glauque.

Pour parler en français, tapez 1

Quelque part, cette (presque) victoire a quelque chose de symptomatique: jamais, depuis sa création, le tremplin jeunes talents de la FWB n'avait-il récompensé d'artistes chantant dans la langue de Molière. Aujourd'hui, sans doute entre autres la "faute" au raz-de-marée Angèle et à la vivacité du hip-hop à la belge, le français n'est plus relégué au second rang, ni à la chanson pantouflarde. J'en veux pour preuve l'explosion du nombre d'artistes qui chantaient autrefois en anglais et ont viré de bord, totalement ou en partie. À commencer par le duo Rive, qu'on connaissait autrefois sous le nom de Juke Boxes, qui viennent de sortir un premier album de pop au féminin (et féministe) des plus réjouissant. On pense aussi à la French pop d'Atome, dont les deux instigateurs ont fait leurs armes chez les Vismets et Applause. On pense encore à cet ex-Tellers qui a pris le temps de se réinventer pour devenir aujourd'hui Ébbène ou, dans la même famille de musiciens, à Aurel qui n'est autre qu'un rescapé de Lucy Lucy, passé par Sonnfjord, et qui évolue désormais en solo. Du côté de Liège, ce sont les Fastlane Candies qui s'attaquent au français sur une poignée de titres de leur excellent Polygene, quand ce n'est pas à l'espagnol. Plus inattendue encore, c'est l'incartade in het Frans des riot grrrls de Cocaine Piss ("Fais-moi un milk-shake à la thune bébé, et ne mets pas les billets en dernier"), toujours produits par Steve Albini sur leur récente bombe Passionate and Tragic (12 titres, 20 minutes).

Fastlane Candies 2019

Fastlane Candies.

Chemins de traverse

Et puis il y a ceux pour lesquels le choix de la langue est juste une évidence. Comme Péritelle, espèce de supergroupe hip-hop/indé mutant, avec des membres de Carl et les Hommes-boîtes et Fou Detective d'une part, les beatmakers de Veence Hanao et des Froesheleirs de l'autre. Il y a aussi Pierres -au pluriel-, projet dada d'un ex-Azerty qu'on situerait quelque part entre Grizzly Bear et Pierre Vassiliu (incroyable sur scène, on l'a encore vérifié récemment); il y a encore François Bijou, cousin liégeois et faussement vaniteux de Philippe Katerine et Claude François.

François Bijou

François Bijou.

Mais le français ne se retrouve pas pour autant chez toutes les belles promesses 2019 made in FWB (encore heureux, vive la diversité). Il y a les Carolos de Run Sofa, par exemple, qui jonglent avec jazz, rock et rap; il y a les énervés de Milk TV qui dépoussièrent le noise rock de l'école Fugazi; il y a le rock garage d'Annabel Lee qui poursuit l'aventure dans une formule power trio; ou celui des Ardennais Whatever qui roule dans les traces de feu Mountain Bike. On a aussi quelques têtes de gondole qui font leur grand retour, comme Montevideo dont la dance-pop de Temperplane met fin à six ans de silence; comme Great Mountain Fire qui a également pris le temps de peaufiner les choses et dont le single Look Up est aussi frais que prometteur; ou encore comme The Feather qui sont restés relativement discrets jusqu'ici mais présenteront de nouveaux morceaux dans le cadre des Nuits Bota.

Dans le désordre, on a encore envie de compléter cette longue liste de groupes à garder à l'œil avec la folk/pop de Condore, le grand n'importe quoi de Yokaï, les boucles percutantes de La Jungle, le girl band psyché Soror, les grosses, grosses guitares de My Diligence, leurs cousins de label La Muerte qui semblent être de retour pour de bon, les cuivres heavy de The Brums (comme un parfum de backing band hypothétique à Zach De La Rocha), à la soul de Saudade ou encore, last but not least, aux groupes atypiques Wild Classical Music Ensemble et Choolers Division qui, s'ils ont en commun le fait d'être composé majoritairement de musiciens handicapés mentaux, tirent surtout leur épingle du jeu parce qu'ils sont bien plus que des groupes à vocation d'insertion sociale.

Article : Kevin Dochain
Illustration : Marc Wathieu

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