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Fontaines D.C. invente le « Real » rock

// 21/05/2019
Par Gilles Syenave

Il se passe quelque chose de l’autre côté de la Manche. Depuis quelques années, de nouvelles formations ressuscitent un genre musical que l’on croyait définitivement mort et enterré. Bien sûr, il ne s’agit plus de dominer le monde, comme Led Zeppelin et The Clash ont pu le faire dans le passé. Plutôt de perpétuer une tradition, à l’image de petits artisans qui continuent à promouvoir un savoir-faire à l’ancienne.

Ces groupes s’appellent Shame, Idles ou encore Drahla. Nouveaux venus sur cette scène aussi active qu’excitante, les Irlandais de Fontaines D.C. sont aussi les plus romantiques. Réunis par leur amour de la poésie, ces cinq lascars se sont connus dans un collège de Dublin. Quelques mois après leurs premières répétitions, ils sortaient déjà « Liberty Belle », un single fracassant qui figure aussi sur leur premier album. Celui-ci est baptisé Dogrel, en référence à un style d’écriture poétique issu de la classe ouvrière irlandaise. Plus insurgé que fleur bleue.

Pratiquant un punk-rock à l’ancienne et blindé de références, les membres du quintet ont pour sujet principal la ville de Dublin. Seul le chanteur et parolier Grian Chatten en est originaire au départ, mais c’est au cœur de la cité, de ses ruelles pluvieuses et de ses pubs enflammés qu’ils ont forgé leur amitié. Les initiales « D.C. » signifient d’ailleurs « Dublin City », comme dans le nom d’un club de foot de seconde zone.

A l’image de Lou Reed avec New York, de Ray Davies avec Londres ou de Morrissey avec Manchester, Chatten cherche en fait à développer des thèmes universels sous le prisme de ce qui lui est familier. « Dublin in the rain is mine. A pregnant city with a catholic mind », clame-t-il fièrement dès le début de « Big », le morceau d’ouverture. On avait plus entendu d’intro aussi crâneuse depuis « I Wanna Be Adored ». Plus loin sur le disque, il abordera aussi le thème de la gentrification de sa ville, où les géants de la Silicon Valley se sont établis pour profiter de conditions fiscales avantageuses, en faisant gonfler le prix des loyers au passage.

Le disque se poursuit avec « Sha Sha Sha » et ses accords qui évoquent The Cure, puis l’emballant « Too Real », un brûlot qui dégomme tout sur son passage. L’hypnotisant « Television Screen » et le plus apaisé « Roy’s Tune » arrivent plus loin, figurant parmi les plus belles réussites de l’ensemble. Sur « Dublin City Sky », Chatten rend un hommage à l’incontournable Shane MacGowan, tandis que « Boys In The Better Land » est sans doute le meilleur morceau des Strokes depuis une quinzaine d’années.

Avec ce chant bancal, cet accent à couper au couteau et cette production franchement casse-gueule, Fontaines D.C. produit en 2019 de la musique comme plus personne n’en fait depuis 20 ans : authentique et spontanée. A vrai dire, c’est un miracle que l’info ne soit pas remontée jusqu’à Dublin.

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