Presse-citron

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Arctic Monkeys : le calme après la tempête

// 25/05/2018
Par Gilles Syenave

Il y a des disques dont on ne sait pas trop quoi faire. Des albums qui vous laissent tellement perplexe que vous vous demandez s’il faut crier au génie ou à l’imposture. Considérée par certains comme la galette la plus attendue de l’année, la nouvelle livraison d’Arctic Monkeys fait assurément partie du lot. Malgré les écoutes approfondies et répétées, on en ressort sans savoir si les singes venus du froid ont joué le jeu sérieusement ou s’ils ont juste voulu se foutre de notre poire.
Commençons par un bref retour en arrière. En 2005, un jeune groupe de Sheffield est directement bombardé nouveau sauveur du rock anglais. Son premier single, l’électrisant « I Bet You Look Good on the Dancefloor », entre directement à la première place des charts britaniques, ce qui suscite un engouement rapide et démesuré. Rien de neuf sous le soleil, ceci dit. L’âge d’or de la britpop et ses jolies retombées économiques étant définitivement révolu, la presse musicale anglaise a une fâcheuse tendance à chercher son salut n’importe où. Mais contrairement à d’autres feux de paille comme The Rakes, Hard-Fi, The Wombats ou encore Razorlight, le groupe emmené par Alex Turner confirme les espoirs placés en lui. Au fil d’une discographie qui compte désormais six albums, il parvient à imposer sa griffe, au point de devenir un des derniers groupes de rock capable de remplir des stades.

Un disque Booking.com


Doté d’un talent et d’un charisme indéniables, Turner parvient dans le même laps de temps à se distinguer en signant seul dans son coin la B.O. du merveilleusement british « Submarine ». Il connait aussi un énorme succès avec The Last Shadow Puppets, son projet parallèle avec Miles Kane. A 32 ans à peine, celui qui essaye tant bien que mal de remettre la coupe banane et le training peau de pêche au goût du jour est logiquement considéré comme un artiste hyper-prolifique, un petit génie qui transforme tout ce qu’il touche en or.
Vient aujourd’hui ce « Tranquility Base Hotel & Casino », un disque au titre très Booking.com et dont aucun titre n’avait filtré avant la sortie. A l’autopsie, on se demande d’ailleurs si ce n’était pas par crainte d’une mauvaise réaction du public. Dès le mois dernier, Turner avait jeté le trouble en expliquant qu’il avait délaissé sa guitare pour composer ce nouvel album sur le piano Steinway reçu pour son trentième anniversaire. Il dévoilait aussi une liste de morceaux qui l’avaient inspiré pendant l’exercice. On y retrouvait une trentaine de titres datant tous de plus de quarante ans. Parmi eux quelques classiques signés The Rolling Stones, Ennio Morricone, Nina Simone, Marvin Gaye ou encore The Gap Band, mais aussi de nombreux artistes français comme Nino Ferrer, Max Berlin et même Véronique Sanson. Nouveau crédo pour le quatuor de Sheffield ou simple foutage de gueule ? Aujourd’hui encore, on a du mal à trancher.

Démerdez-vous, bon sang !


Les onze morceaux de « Tranquility Base Hotel & Casino » s’enchaînent à un rythme monotone, entre les passages touchés par la grâce et ceux où l’on s’emmerde poliment. L’excellent single « Four Out of Five » et le Brian Wilsonien « The World's First Ever Monster Truck Front Flip » constituent par exemple de franches réussites, mais ils ne masquent pas le sentiment d’ennui que procure l’écoute du disque en entier. Dans nos rêveries, on imagine un Alex Turner plus minaudeur que jamais, sûr de son bon goût et fort peu intéressé par l’accueil qui sera réservé à ses nouvelles compositions. A ce niveau-là, le groupe n’a d’ailleurs pas trop à s’en faire : les chroniqueurs rock ont dans l’ensemble salué ce virage à 180 degrés, synonyme pour eux de nouveau souffle et d’ambition artistique retrouvée. Par réelle conviction ou par crainte de ne pas avoir tout de suite compris une œuvre qui finira par passer à la postérité ? De notre côté, on se mouillera moins. Si vous voulez savoir ce que vaut l’album le plus surprenant de l’année, démerdez-vous et écoutez-le vous-mêmes.



Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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