Presse-citron

unknown.jpeg

It It Anita ressuscite les nineties

// 28/09/2018
Par Gilles Syenave

Il y a des disques qui vous prennent directement à la gorge. A l’instar d’une équipe de foot qui veut marquer son territoire dès le coup d’envoi, ils vous assènent illico un jeu offensif qui vous laisse présager une belle partie de plaisir. C’est un peu l’effet que nous a fait « Laurent », le deuxième album de It It Anita. Des premières notes de « Denial » au final de « We Are Nothing », le groupe liégeois nous en fait voir de toutes les couleurs, signant au passage un des meilleurs disques de rock dur de l’année.
Le nom de l’album est un hommage à Laurent Eyen, l’ingé son du groupe. C’est aussi lui que l’on peut voir en gros plan, la clope au bec, sur cette pochette qui renvoie immanquablement à celle du premier album d’Artcic Monkeys. Renseignement pris auprès des intéressés, le clin d’œil est purement fortuit. Egalement connu sous le pseudo de John Roo, en référence à la couleur de sa tignasse, Eyen a façonné le son de nombreux groupes wallons parmi lesquels Sharko, Showstar, Bacon Caravan Creek et The Experimental Tropic Blues Band. Autant dire qu’il méritait largement cette mise à l’honneur. Il était d’ailleurs aussi aux commandes sur « Agaaiin », l’album précédent de it It Anita.

Réécouter ce premier opus permet d’évaluer le chemin parcouru par le groupe en deux ans. Leur songwriting n’est pas seulement devenu plus fin. Il est aussi plus percutant. Les Liégeois ont conservé leur capacité à pondre des hymnes rageurs, mais ils y ont ajouté une dose de retenue qui rend les moments de furie encore plus cathartiques. Ce climat clair/obscur est magistralement illustré par « Tanker 2 », un titre qui se décline en deux parties radicalement différentes. La première est un stoner bien gras du bide et burné, tandis que la deuxième est un spoken word où l’invitée Myriam Leroy joue sur l’ambiguïté (elle cogne sur qui, la meuf ? Son mec ou ses gosses ?). « User Guide », « 11 » et les très mal nommés « Bored » et « We Are Nothing » figurent parmi les autres morceaux à écouter au moins une fois dans votre vie, en tout cas si vous voulez mourir moins con.
Certes, on pourra reprocher à It It Anita de se reposer souvent sur ses glorieux aînés pour trouver son inspiration. « Laurent » est truffé de références aux univers de Sonic Youth, Pixies, Nirvana ou encore Mogwai, mais sans réel impact sur le plaisir de l’auditeur. Le disque de la maturité ? Sûrement pas ! Plutôt celui de l’immaturité, celle de grands gamins qui ont bien fait de ne pas trop grandir.


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

PARTAGER

ARCHIVES

BIENVENUE
DANS LE MONDE
RADIOPHONIQUE
DE FREAKSVILLE RECORDS
Avec le soutien de
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles service des musiques non classiques
Top