La voie royale de Balthazar

// 08/02/2019

Par Gilles Syenave

La voie royale de Balthazar

Ce n’est plus une discographie, c’est un sans-faute. Avec « Fever », son quatrième album en huit ans, Balthazar confirme son statut de nouveau poids lourd du rock belge. Creusant son sillon tout en proposant un univers propre par rapport à ses prédécesseurs, ce disque (quasiment) sans temps mort marque une nouvelle étape dans l’évolution du combo.

On avait pourtant craint le pire pour la formation originaire de Courtrai. Le départ de la violoniste Patricia Vanneste, qui était à l’origine du projet, laissait entrevoir quelques dissensions que l’on soupçonnait déjà lors des envolées en solo de Maarten Devoldere et Jinte Deprez. Sous le nom de Warhaus et J. Bernardt, les deux leaders de Balthazar ont clairement laissé entrevoir ce qui les différenciait. Un son jazzy inspiré par Leonard Cohen et Tom Waits d’un côté, un R&B futuriste et clinquant de l’autre.

Reviens quand ton ego sera soigné

Fort heureusement, le succès critique et populaire fut équivalent des deux côtés. De leur propre aveu, les deux acolytes en ont profité pour soigner leurs égos respectifs, sans que l’un ne prenne l’ascendant sur l’autre. Les liens ne semblent d’ailleurs jamais avoir été rompus entre ces deux amis d’enfance. Durant cette période qui aura tout de même duré trois ans, ils n’ont jamais manqué de souligner tout le bien qu’ils pensaient du projet de l’autre.

Plus que de les avoir éloignés, ces infidélités passagères semblent avoir encore enrichi la complémentarité entre les deux Courtraisiens. Dès le morceau d’ouverture, l’éponyme « Fever », on ressent une espèce d’alchimie entre les univers des deux bonhommes, comme si Balthazar était la tranche commune d’une même pièce à deux faces. Avec sa ligne de basse absolument irrésistible, le titre prend également le soin d’annoncer la couleur. Si le groupe est revenu aux affaires, c’est avant tout pour nous faire danser.

Autrefois centré sur les envolées lyriques du violon, le son du groupe s’articule cette fois autour de la section rythmique. La 4-cordes de Simon Casier nous donne des fourmis dans les jambes sur des titres comme « Wrong Faces », « Watchu Doin’ » ou encore « Grapefruit ». Elle sert aussi de parfaite rampe de lancement pour le chant détaché de Devoldere et Deprez, notamment sur le Metronomesque « You’re So Real ».

Vendre des caisses et emballer des gonzesses

« Don’t let you morality affect your imagination, girl », chante ce petit coquin de Devoldere sur « Wrong Vibration ». Avec son intro hyper-accrocheuse et ses cœurs enjoués, le morceau semble avoir été conçu pour finir dans une pub pour voiture. On ne sait pas s’il permettra de vendre beaucoup de caisses, mais il devrait aider son auteur à emballer en concert.

« Phone Number », « Changes » et « I’m Never Gonna Let You Down Again » nous emmènent quant à eux sur des territoires plus lancinants et avouons-le, parfois plus anecdotiques. On en dira pas autant du single « Entertainment », assurément le meilleur morceau de l’ensemble. Avec sa section rythmique façon Madchester et ses cœurs directement pompés sur « Sympathy for the Devil », il constitue une arme redoutable pour tout DJ recommandable.


Le tout laisse un sentiment de travail bien fait, entre coups de génie spontanés et souci du détail qui change tout. La bande-son d’une virée nocturne qui part en vrille, mais où tout finit par rentrer dans l’ordre.


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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