Qu’on leur coupe le sifflet

// 23/10/2016

Par Catherine Colard

« Combien de fois faut-il
Vous le dire avec style?
Je n'veux pas quitter mon salon
Non non non non ! »

Un dimanche pourri comme je les aime, où je me la joue Camélia Jordana, Elle Driver et Uma Thurman. De manière non exhaustive mais très expirée.

Le Futuromètre révèle que 91% des Belges francophones disent NON à « la société actuelle », on va passer à l’heure d’hiver, je n’ai pas digéré ma soupe de potimarron local et je viens de me faire siffler par un vilain petit conard. Appelez-moi Beatrix Kiddo, codename « Black Mamba », et laissez-moi faire ma DIVA du Détachement International des Vipères Assassines. Sous peine de vous faire trucider selon la technique du dim mak, le toucher de la mort qui explose le cœur.

Mais pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Si siffler n’est pas tuer, je souffre moins que jamais les « feel good » chansons pop avec siffleur(s) dedans qui, depuis quelques années déjà, soufflent une couche de glaçage rose bonbon sur le gâteau pourri de la vie. Leurs gimmicks pernicieux collant aux oreilles comme un vieux chewing-gum fluo de Britney Spears. Leurs tics et tocs forcés de chanteurs flemmards et tout mous qui nous martèlent avec de faux airs de boy scouts chelous sous MDMA bio que oui, la vie est belle, que nous sommes légers, swag et posey, bien à l’aise avec nos potes légers, swag et posey. Tu vas bien, tout va bien, bon petit soldat qui marches au pas et aux trilles du sifflet. Liberté, fraternité, paix et gin tonic à go go.

Et flûte, cette stratégie de manipulation des neurones neurasthéniques s’infiltre évidemment à renforts de tubes lubrifiants, en boucle dans nos postes de radio et enseignes de la grande distribution de fringues moches, jusqu’à m’en filer des acouphènes psychosomatiques. Ca chuinte, ça suinte. J’en viens parfois à faire des cauchemars tout mélangés mis en scène par John Waters, Rocco Siffredi et Stephen King en goguette à Tomorrowland, hantés de freaks pétomanes atteints de loghorrée anale suite à l’ingestion abusive de flageolets. Et ça, c’est une recette singulièrement efficace pour entretenir mon « Twisted Nerve » et mon adorée déprime automnale. J’avoue.


A la faveur d’un petit vent bien de saison, je regarde Over My Shoulder avec Mike & the Mechanics. Le mal galvaudé du sifflement intempestif dans la pop n’est évidemment pas venu de nulle part. Outre les messages subliminaux lancés par Sheila, Dorothée, Bob Sinclar, Chantal Goya et le générique de 30 millions d’Amis, nous avons certes eu droit à quelques pépites très inspirées et non superflues, mélancoliques et introspectives à souhait, signées Otis Redding, John Lennon, Bobby Mc Ferrin, Benjamin Schoos, Chassol ou Féloche. Voire Toots Thielemans, qui a rendu son dernier souffle harmoniqueux il y a peu. Je laisse le bénéfice du doute à la Rivière Kawaï (je ne suis pas cinéma japonais), à Maroon 5 et aux Scorpions. Merci pour ces moments singuliers de singulière paresse, les gars.

Parfois, après quelques Xanax, je me souviens que Dorothée avait tout compris.

Zaï zaï zaï zaï, vite, tous ces petits sifflets susurrés me donnent envie de faire pipi. Je m’en vais siffler sur la colline avec un petit bouquet d’héroïne en écoutant le nouveau Lescop et la chanson d’automne de Verlaine revisitée par Dionysos dans « Chanson d’Eté ». Allo Radio Ventriloquist ? Whistle revolution !

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